POUGUES LES EAUX - PARC SAINT-LEGER

 

LES NYMPHES

 

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Le Panorama Salon 1896 – Le Nu n°6 – Gaston Schéfer

« La nudité ne se justifie que par la beauté des formes, la grâce des attitudes. La convention admet les nymphes nue au milieu des bois, les sirènes couchées sur la crête des vagues, les déesses accoudées sur les nues ; elle permet à l’artiste de placer son modèle dans le milieu qui lui plait. Mais à la seule condition de charmer le regard par la pureté des lignes et l’harmonie du geste. La question reste de savoir si cette femme nue a pleinement satisfait à cette condition. »

 


NYMPHES
L’artiste n’a pas donné de nom à la nymphe qu’il a peinte, couchée sur la mousse et les feuilles mortes du parc Saint-Léger. Mais on la reconnaît pour une Hamadryade, pour cette nymphe qui naissait en même temps que les chênes et mourait de leur mort. On dit qu’en les surprenant dans leur nudité, l’homme s’exposait à être frappé de démence, mais que toujours des hommes se sont rencontrés pour braver ce danger, symbole de l’invincible attrait de la beauté et du délire qu’il porte malgré lui dans l’âme.

NYMPHES DE NYSA
Les nymphes de Nysa, les nysiades, pour parler la bonne langue mythologique, étaient d’aimables prêtresses de Bacchus, moins folles de vin fumant que d’amour et de lumière. Elles ne couraient pas toutes au devant du pied de chèvre et de l’aegypan, mais elles ne redoutaient pas non plus l'aventure, et celles-ci vont sans crainte à travers le grand Parc, parcourant le sentier du Pavillon des Sources, sous les hauts chênes, à la recherche de quelques pampres rougis. Le thyrse ou la grappe en main, elles n'ont pour tout viatique, dans ce voyage de découverte, que leur beauté accomplie, leur insouciance et leur éternelle jeunesse ; elles ont aussi cette folle gaieté qui fait accepter bien des déboires, bien des imprévus...

BIBLIS
Biblis, fille de Miletus, avait conçu pour son frère Caunus une passion criminelle. Consumée par la douleur, torturée d’amour, recherchant la solitude ombragée du Parc, elle se livre à son désespoir. Dans la souffrance, son corps s’abandonne, ses doigts se croisent et se crispent, sa gorge se soulève à chaque sanglot, et de ses yeux tombent des larmes intarissables. Métamorphosée en source par les nymphes apitoyées, ses pleurs sont devenus un ruisseau qui court lent, plaintif, avec un sourd murmure où gémit l’éternelle douleur de Biblis, l'inconsolable.

SOMMEIL DE NYMPHES
Le sommeil semble profond, comme apaisé ! Dans la sérénité du crépuscule descendant doucement sur le Parc Saint-Léger, deux jeunes nymphes insouciantes se sont endormies, allongées avec tendresse l’une près de l’autre, à l’abri d’un grand chêne centenaire. Se sont presque des enfants encore, les corps sont libres et sveltes ; tout exprime la grâce renforcée s’il en était par le contraste de la couleur de peau…
Là réside sans doute aussi une part des éternelles questions que soulèvent les belles adolescentes aux formes affinées, toujours avenantes, peintes par les artistes :
Quel homme ne subirait la fascination de telles beautés ? Quel instinct farouche n’obéirait à leur douce volonté et ne s’apprivoiserait devant l’appel de leur gracieuse candeur ? Quel cœur n’amollirait une si improbable et étonnante rencontre, ce murmure d’amour ?
Et comme déjà elles deviennent femmes, ces deux filles d’Eve rêvent sans doute de séduire quelques Princes charmants ou, à défaut, quelques Emirs fortunés.
 


Dans la peinture occidentale, la règle voulait que ni les poils pubiens, ni la fente vaginale ne soient représentés.
L'étude des tableaux par le critique d'art de l'époque victorienne, John Ruskin (1819-1900), l'avait tenu si éloigné de cet aspect de la réalité de l'anatomie féminine qu'il eut la grande surprise de constater, lors de sa nuit de noce, que si effectivement les femmes n'avaient pas de barbe, elles étaient néanmoins pourvues de poils pubiens.
Il en fut paraît-il si consterné, qu'il se trouva durant plusieurs jours dans l'incapacité de consommer son mariage.
 


Les Nymphes, toute une histoire !
Il s'agit avant tout de divinités secondaires très fréquemment dévêtues, elles se plaisent à vivre libres, en pleine nature, dans les forêts, les parcs, les montagnes...
La mythologie leur attribue comme vaste tâche de surveiller ladite nature. Ces jolies jeunes femmes, facétieuses et désirables, n'hésitent pas à s'unir aux dieux et, pourquoi pas à l'occasion aux simples mortels, afin de donner le jour à quelques héros et demi-dieu.

- Les Naïades sont les filles d'Océan, elles veillent en particulier sur les sources, les ruisseaux et les fleuves.
- Les Néréides, les cinquante filles mi-femme mi-poisson de Nérée et de Doris, personnifient les vagues et les Océanides, filles aussi d'Océan et de Téthys, vivent surtout dans les fonds marins.
- Les Hyades, quant à elles, sont les nymphes de la pluie et la tradition en compte sept, dont Ambrosia.
- Les Oréades hantent les montagnes et accompagnent Artémis dans ses chasses. L'une d'elles, Écho peinte par le Maître de l'académisme Cabanel, souffre de la vengeance tenace d'Héra.
- Les Dryades peuplent surtout les chênes et Eurydice, l'épouse d'Orphée, appartient à leur groupe.
- Les Danaïdes, cyniques et violentes, n'hésitent pas à tuer leurs maris le jour même des noces. Pour expier, elles seront d'ailleurs condamnées à remplir d'eau des tonneaux percés.
- Daphné, la nymphe aimée d'Apollon et de nombreux peintres académiques appartient à la race des vierges farouches et chasseresses. Son père, le dieu-fleuve Pénée, se désespère de voir sa fille éconduire tous ses représentants. Mais, toujours, elle se réclame du seul Artémis. Un jour dit-on, Apollon qui l'aperçut belle et sauvage, ses longs cheveux en désordre, courant derrière une proie incertaine, fut aussitôt pris d'un amour fou...

Epilogue - Poésie fin de siècle
Les dames habillées de la tête aux pieds de la cour du Second Empire et de la Troisième République n'étaient pas, bien entendu, aussi virtuelles que les nymphes des peintures. Mais, lors des promenades romantiques en galante compagnie dans le Parc Saint-Léger, elles aimaient sans doute, secrètement, comme les messieurs d’ailleurs, à s'imaginer dans ces fables un peu libertines mises à la mode par les artistes d’alors.

 


Un jour, il a bien fallu changer les arbres vieillissants de l’Allée des Soupirs. Ils ont été remplacés par de jeunes essences, au nom ignoré, qui ne mettent pas à l’abri du vent et ne protègent pas encore de l’ardeur des rayons du soleil d’été.
Mais, pour le bonheur des jeunes nymphes joueuses et vagabondes, il reste ceux, adultes, élancés, torturés et tout aussi alignés, de la montée qui mène à Belle Vue. Ici, le spectacle vaut le détour et s’ouvre sur le long ruban rectiligne, bordé de prés et de champs cultivés aux couleurs variées et changeantes, qui relie la ville capitale à celle qui fait rêver : Antibes.

 


L'ART DU NU ACADEMIQUE AU XIXème SIÈCLE

L’art académique c’est tout d’abord le grand genre que caractérise la peinture d’histoire, au sens large. Cette peinture d’histoire, exécutée sur d’importants formats, comporte dans ses allégories des nus. Ces nus, au fil du siècle, deviendront presqu’exclusivement féminins et de plus en plus le thème central du tableau.
On entend généralement par "nu académique", d'abord un grand dessin, ensuite une peinture ou encore une sculpture, représentant un ou plusieurs nus, "l'académie", fait d'après un modèle vivant. C'est également le nom donné au cours d'académie dispensé obligatoirement jusqu'en 1970 dans les écoles des Beaux-Arts. L'exécution du nu est soignée et toujours figurative. Initialement, le corps doit être lisse et glabre avec un modelé travaillé, ses proportions sont respectées et la construction du dessin reste la plus discrète possible. Les poses sont variées et la référence originelle à la mythologie prendra avec le temps une importance secondaire.

Dès la Renaissance, l'anatomie fait partie intégrante de l'éducation des jeunes artistes et elle est enseignée dans les académies, prémices de nos modernes écoles d'art, à partir du dessin d'après l'antique et à partir de la dissection des cadavres. Des études préalables aux dessins analysent en détail toutes les parties du corps afin de bien comprendre comment s'articule le mouvement, afin de bien saisir aussi les nuances et les proportions.
La mythologie fournit en partie les thèmes de mise en scène du corps nu à travers : Apollon, Ariane, Persée délivrant Andromède, Diane et Actéon, Mars et Vénus ou encore toute une multitude de nymphes. La bible constitue une autre source d'inspiration avec Adam et Eve, Loth et ses filles, David et Bethsabée, Suzanne et Joachim, les scènes de martyr… Les représentations de nus restent étroitement liées à la peinture d'histoire qu'elle soit antique, biblique ou mythologique. Dans l'art religieux, le nu, banni par le Concile de Trente (1545-1563), ne tient finalement qu'une place modeste.
A l'aube du XXème siècle, une troisième source deviendra de plus en plus communément utilisée et appréciée à savoir : la représentation de scènes reflétant une certaine intimité du quotidien de la femme, comme son lever, sa toilette, son bain...

L'étude du corps se fait d'après nature ou par la copie des œuvres d'art antique que l'artiste débutant, à défaut de moulages, trouve dans des recueils de reproductions spécialement prévus à cet effet, et qui font office de manuels de morphologie. Dès sa création, l'école des Beaux-Arts fait référence à ces canons classiques qui constitueront la règle de son enseignement jusqu'au milieu du XXème siècle.
Cet art du nu peut se définir comme un genre particulier, mais bien des oeuvres majeures de la sculpture et également de la peinture occidentales comportent des personnages plus ou moins dévêtus.

Les nus classiques ou néo-classiques vont prendre un caractère moral avec des poses aux corps anatomiquement parfaits, qui exaltent le courage, le patriotisme, le sentiment héroïque. Les attitudes, dans des mises en scène théâtrale, sont étudiées de manière à ne rien montrer qui puisse offenser la pudeur, beaucoup de peintres utiliseront d'ailleurs les ressources du drapé afin de rendre plus acceptables les parties sensibles de leurs figures.
A partir de la seconde moitié du XIXème siècle, dans l’objectif de satisfaire un collectionneur sans doute plus amateur d'anatomie féminine que de grand style, le nu deviendra moins académiquement traditionnel pour gagner en frivolité. Les artistes abandonnent donc le support jugé fastidieux et de moins en moins porteur de l'Histoire, pour se rapprocher de scènes exotiques dont les compositions, plus libres, permettent d’éventuelles interprétations à connotation érotique autour des symboles habituels de la chevelure, du harem ou du miroir.

 


L'IMAGE DE LA FEMME

Yahvé Dieu dit : "Il n'est pas bon que l'homme soit seul, il faut que je lui fasse une aide qui lui soit assortie."
Alors Yahvé Dieu fit tomber une torpeur sur l'homme qui s'endormit. Il prit une de ses côtes et referma la chair à sa place. Puis, de la côte qu'il avait tirée de l'homme il façonna une femme et l'amena à l'homme. Alors celui-ci s'écria : "Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair ! celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l'homme, celle-ci !"
C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme, et ils deviennent une seule chair. Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre. La Genèse, chapitre 2, 18-25

De l'Antiquité en passant par la Renaissance la représentation du corps a donc toujours occupé une place importante dans l'enseignement et le goût artistique occidental. Le dessin d'après modèle vivant devient d'ailleurs au XIXème siècle la dernière étape du cursus de l'école des Beaux-Arts.
En 1850, les modèles sont alors couramment payés un franc de l'heure, c'est-à-dire environ trois euros d'aujourd'hui. Vers 1875, la pose ordinaire de quatre heures coûtera environ cinq francs pour les artistes mais seulement trois pour les écoles d'art, à la condition toutefois qu'elles emploient le modèle régulièrement. La photographie, en passe de se démocratiser, commencera ensuite à concurrencer sérieusement les modèles vivants dans certains ateliers privés.
Une autre enquête datée de 1901 recense entre 800 et 850 modèles professionnels, très souvent d'origine italienne. Ils résident essentiellement dans les quartiers de Saint-Victor à Paris. Les femmes, de préférence avec des formes généreuses, sont alors payées cinq francs, 40 €uros actuels, pour une séance de quatre heures et les hommes, moins recherchés, quatre francs pour la même durée.
Selon l'expression d'alors, on n'a pas de cuisse de nymphe à moins de un franc de l'heure, alors qu'un Jupiter olympien peut se négocier autour de quinze sous, mais un modèle mâle pose à tout âge tandis que la beauté d'un modèle féminin est forcément éphémère. Les nobles vieillards à grandes barbes blanches restent toujours recherchés afin d'incarner quelques Dieux, alors que les femmes aux formes fluettes ou bien celles qui évoquent les rondeurs à la Rubens doivent nécessairement être assez jeunes.
Par ailleurs et pour la petite histoire, à l'image de l'équipement sanitaire d’alors, avant la séance de pose, il n'est semble-t-il pas rare de demander au modèle de bien vouloir faire un brin de toilette...

Les nus féminins, qui rencontrent un succès sans cesse croissant comme en témoignent les expositions du Salon, séduisent d'abord et tout naturellement un public masculin sensible au contenu évocateur des images. Ces représentations sont moralement tolérées par la société pudibonde d'avant 1914 grâce à l'alibi historique, exotique chez les orientalistes avec leurs Odalisques, ou mythologique lorsque la femme devient Vénus ou, mieux encore : nymphe.
Les poils pubiens des modèles, de mauvais goût et réprimés par la loi, sont toujours soigneusement effacés, comme d'ailleurs sur la plupart des toutes premières photographies érotiques de l'époque.
 


Le crépuscule descend doucement sur l’eau placide et verte de l’étang en étirant d'interminables traits obliques et sombres ; la cime des grands arbres se découpe en multiples réseaux accidentés sur un ciel pâle, un peu bleuté et sans nuage. C’est l’heure attendue où les nymphes vont s’assoir sur la berge pour se raconter des histoires.
Elles sont seules, aucun regard ne peut profaner leur majesté révélée. L’une repose, tranquille et délicate, sur la rive ; une autre, dont le corps blanc aux longs cheveux bruns se détache sur le vert profond, a laissé tomber négligeamment son dernier voile.
 


Témoignage d’une Donneuse d’eau

Marguerite Chassin, dite « Mathilde », a vu le jour le 5 décembre 1893 à Pougues-les-Eaux, dans une famille de condition modeste. Son père travaillait pour l’établissement thermal à l’usine d’embouteillage.
A treize ans, Mathilde débute son apprentissage chez un pâtissier-confiseur qui tenait boutique dans la galerie marchande du Parc. Le matin elle vendait des bonbons aux eaux minérales et l’après-midi, elle faisait des gaufres pour les curistes.
Mathilde Chassin-Paulus commence alors, le premier juin 1911, une saison de Donneuse d’eau au Pavillon des sources Saint-Léger, Saint-Léon :
«  Nous étions au pourboire et touchions dix centimes du verre d’eau mais il fallait auparavant s’acquitter de la somme de 375 francs afin de pouvoir travailler aux sources ».
La journée commençait à six heures mais la grande vague des curistes arrivait entre dix et onze heures trente, après les bains. Vers midi, Mathilde et sa collègue essuyaient et rangeaient les verres, gravés en cristal Saint-Louis, représentant le site de l’établissement avec le Splendid Hôtel. L’après-midi, les curistes prenaient les eaux entre 15 et 18 heures après s’être promenés parfois jusqu’à la terrasse de Bellevue qui offrait un étonnant coup d’oiel.

A cette époque glorieuse, des milliers de curistes fréquentaient la petite cité thermale et deux millions de bouteilles d’eau des sources Saint-Léger, Alice et Elisabeth étaient expédiées aux quatre coins du monde. On pouvait aussi croiser des personnalités, des écrivains comme Roger Martin du Gard ou jules Renard, dont le fils Paul était médecin à Pougues.  Les grandes familles d’Europe se rendaient à Pougues, la noblesse russe d’avant 1917, la reine de Madagascar…

Le Splendid Hôtel, construit en 1888, était le plus beau de Pougues, il possédait cent chambres qui étaient toujours complètes et dont le prix était de vingt francs par nuit et par personne, soit un Louis d’or. Les riches pensionnaires séjournaient généralement avec chauffeurs et domestiques, ils pouvaient pratiquer tennis et golf situés le long de l’allée des Soupirs, non loin de l’hôtel. Le casino leur proposait par ailleurs concerts et comédies en plus, bien entendu, des jeux d’argent et petits chevaux alors très prisés. Le Splendid Hôtel, occupé par les allemands, et peu entretenu sera finalement détruit en 1977.

Rapporté par Christophe CELLE, président des Amis du Vieux Pougues, 01/06/1995
 

 


 

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