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POUGUES LES EAUX - PARC SAINT-LEGER - FIN DE SIECLE

DONNEUSES D'EAU & NYMPHES 2011-2012 

A partir d'une visite guidée du Parc Saint-Léger, de ses Donneuses d'eau, de son Pavillon des sources, des Nymphes chères aux peintres académiques, il s'agit de réhabiliter ces derniers ainsi qu'une certaine idée de la peinture.

La peinture, au sens propre du terme, fait sans aucun doute partie d'une des plus grandes traditions de toute l'histoire humaine. Pourtant, depuis une centaine d'années, elle subit de la part de quelques intellectuels influents - et en particulier la peinture de la seconde moitié du XIXème siècle - des attaques renouvelées et impitoyables. Ni la littérature, ni la musique, ni aucun autre domaine culturel n'a connu une telle mise à l'index. Les tableaux hier primés, appréciés par la grande majorité du public, et achetés par l'Etat se sont trouvés, après la reconnaissance de Cézanne et Picasso, remisés et complètement dévalorisés. Sort immérité et la plupart du temps injustifié.
En effet, ces tableaux qualifiés avec dédain de "pompier" font souvent preuve, non seulement de maîtrise technique, mais aussi d'imagination, de diversité, de fantaisie ; bref, de tout ce qui constitue l'essence même d'une authentique oeuvre d'art. Tous les sujets sont abordés - paysage, nu, scènes de genre et d'histoire - et à bien des égards, il ne serait pas absurde de considérer le XIXème siècle comme étant véritablement celui de l'âge d'or de la peinture en France.

Des centaines de tableaux que l'on qualifie généralement d'académiques, à partir de la seconde moitié du XIXème et durant près d'un siècle, ont été acquis par l'Etat français.
Parmi ceux-ci et selon la mode du moment, un bon nombre représente ce qu'il est convenu d'appeler, dans toute la richesse de leurs diversités, des nus. Quelques-uns sont encore visibles à Orsay, d'autres dans les musées de province. On peut également penser qu'une partie des peintures a servi d'élément de décor aux préfectures, aux ministères, sans oublier les logements de hauts fonctionnaires. Mais ensuite, quand la tendance devint à proprement parler au "Moderne", que sont-ils devenus ?
Pour la conservation des musées : un simple numéro sur une fiche plus ou moins détaillée, un document photographique - à la localisation parfois inconnue - selon le terme laconique de l'administration. La mode puisant pour une part sa source dans l'inspiration du passé et rien n'étant jamais définitivement arrêté, certains de ces nus commencent désormais à réapparaître en bonne place, entre les impressionnistes et les modernes, sur les cimaises des particuliers et des musées.


HEUREUSES RENCONTRES

Depuis tout temps, on imagine que les bois ou les grands parcs ne sont jamais totalement déserts et qu’autour des sources s’agitent des ondines, des nymphes, autrement dit tout un monde invisible et enchanteur.
Ainsi, arrive-t-il parfois d'entrevoir une de ces apparitions que seuls, d'ordinaire, artistes et poètes possèdent le don d’apercevoir.
Cette nymphe a choisi l’heure la plus silencieuse du jour, l’heure où les sentiers du Pavillon des sources, les allées sauvages du Parc Saint-Léger, sont encore vides de promeneurs…
C’est à ce moment là que la nymphe, et parfois même la chasseresse, épanchera sa soif dans l'eau pure et bienfaisante qui, à ce que l'on prétend, posséderait bien d'autres vertus.

Chacun sait, par ailleurs, que les forêts sont parcourues par les amies de Diane.
Cependant il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, d'en trouver se reposant au pied des grands chênes, mais jamais l’artiste, attentif, ne manquerait cet instant privilégié pour les dessiner, les peindre.
Le thème semble inépuisable par la force, la grâce et la séduction des modèles ; alors, à son tour, le peintre tentera avec plus ou moins de bonheur d’en reproduire l’éternel attrait.
Toujours, en effet, elles sont charmeuses ces nymphes qui reposent leurs corps sveltes et souples dans l’ombre mouvante des arbres, et quel homme ne subirait la fascination de leur beauté, de leur blancheur, de leur regard troublant ? Quel instinct, quelle volonté, résisterait à leur douce séduction et ne s’apprivoiserait devant tant de charme ?
Mais comme déjà elles sont expertes et pas vraiment timides, ces jeunes Ève s’apprêtent à séduire - naturellement fatales !

Il n’est jusqu’aux divinités de l’Olympe qui ne soient soumises aux variations du goût et de la mode :
Aujourd'hui, Vénus serait en disgrâce, elle aurait trop abusé du mythe poétique de sa naissance. L’Amour ne recueille plus guère de faveur, malgré Psyché et Monsieur Bouguereau. Minerve, quant à elle, tient trop à son casque qui, pourtant, lui attire railleries et moqueries et Junon est trop souvent maussade. Reste peut-être Diane, la plus chaste des déesses, mais à condition qu’on la déshabille, ainsi que ses suivantes, ne lui laissant pour parure que son arc et son croissant dans les cheveux.
 

Edouard Bisson


Sous la Troisième République, le polytechnicien Edouard JERAMEC, donne son essor à la station de Pougues, déjà dotée, en 1877, d’une nouvelle usine d’embouteillage située derrière le Casino.
Moyennant la somme de 300.000 francs, il se rend acquéreur de la source Saint-Léger, des dépendances et constitue par acte daté du 9 avril 1879, passé devant Maître Vassal notaire à Paris, une société au capital de 1.300.000 francs.
Quelques années après, la Compagnie des Eaux de Pougues, déjà propriétaire de l’hôtel du Parc, racheta et aménagea le « Splendid hôtel », qu’un particulier avait entrepris de faire construire vers 1884. Edouard JERAMEC exploitera également la
source La Salud de Carabana en Espagne.
 

La Belle Epoque, la splendeur de la station de Pougues

C’est alors que la station thermale de Pougues atteignit son apogée. Environ deux mille curistes venaient y prendre les eaux et la compagnie expédiait pas moins d’un million de bouteilles par an.
Des agrandissements sont effectués au Splendid Hôtel qui accueille désormais pendant la saison 260 clients. De nombreuses extensions et aménagements sont apportés, comme l’agrandissement du Casino avec kiosque à petits chevaux et salon de lecture ; comme les constructions en 1907, avec armature métallique, à la mode de l’époque, du Pavillon des Sources avec un promenoir conduisant au Splendid Hôtel et d’une grande serre. Des travaux ont été effectués au chalet, sur les remises et écuries, sur l’établissement des bains…
 


La Compagnie des Eaux de Pougues employait de jeunes femmes, qui devaient payer leur charge auprès de la Compagnie, afin de pouvoir exercer leur activité de « Donneuses d’eau ». Elles portaient un uniforme qui varia dans le temps. En 1900, comme il se doit, la robe était longue, rayée grise et rose, complétée d’une coiffure de dentelle blanche en forme de chignon.
 


Quelques femmes des années 1900 acquièrent un nouveau statut social. Désormais, elles peuvent devenir médecin, enseignante, étudier à la Sorbonne. Mais les femmes n'ont pas le droit de vote pourtant le féminisme progresse. Les causes à défendre restent nombreuses, de l'action militante pour améliorer son sort de travailleuses à l'abandon du port du corset.

Deux types de caractère féminin, en apparence contradictoires, sont alors en vogue en ce début de siècle et tout naturellement pris en compte dans les oeuvres :
Le premier nous présente une femme idéale, accomplie, en quelque sorte parfaite.
L'autre, nous la montre plutôt inquiétante et troublante.
Tout comme à la Renaissance, cette période célèbre la femme dans l'art et la littérature mais en la déclarant mineure dans la vie politique et publique. L'époque prône la vertu, la féminité accomplie, alors qu'elle officialise la prostitution avec les maisons closes. Le bourgeois d'alors, s'il en a les moyens, peut parfaitement entretenir, discrètement mais tacitement, une femme destinée à son plaisir. Il a donc à sa disposition les deux aspects de la féminité : la fidèle épouse vertueuse pour les apparences et la maîtresse frivole pour l'agrément.
Le stéréotype dominant, c'est celui de la femme, ronde et potelée, aux bras dodus, à la chevelure opulente et à la chair d'albâtre, à l'image par exemple des Vénus de Cabanel et Bouguereau, des modèles de Gérôme et Lefèbvre.
Le second, celui de la féminité fragile et romantique, qui pourrait s'apparenter à Camille Claudel, et qui est menacée par l'hystérie décrite par Charcot. C'est aussi la belle malade du corps, la tuberculeuse pâle comme Marguerite Gautier la Dame aux camélias. Zola, dans sa "Nana" ne manque pas d'exalter cette relation ambiguë entre la féminité et la maladie réelle ou supposée.
Cela ne se limite pas à la littérature : entre 1840-1880 dans la peinture, en pleine période du romantisme, des préraphaélites anglais, on fait aussi l'éloge de la pâleur, des joues creuses, des cernes sous les yeux.
Ce sera surtout cette image de la femme pleine d'une froide sensualité, de langueur, avec un teint clair et une abondante chevelure, que retiendra le mouvement préraphaélite.
Elisabeth Siddal qui a été la première femme du peintre Dante Gabriel Rossetti en est un reflet dramatique. En 1862 elle se suicida au laudanum, un dérivé de l'opium.

Certains artistes, certains peintres, mais surtout les poètes et écrivains exploiteront l'idée que l'affection pouvait permettre de se distinguer du commun des mortels ; qu'elle donne au visage une "étrange splendeur", qu'elle singularise la personnalité et l'oeuvre. La médecine n'est d'ailleurs pas en reste et vient renforcer cette tendance singulière. Les textes médicaux sur le sujet considèrent souvent la femme comme une créature inconstante et fragile, à qui la nature a donné le pouvoir d'enfanter, et selon le commentaire de Michelet sur ses menstruations "La femme subit même l'éternelle blessure d'amour".
De nombreux artifices, de nombreux tabous, demeurent encore bien ancrés dans la vie quotidienne d'avant 1914. La femme par exemple doit être façonnée, dissimulée et statufiée dans un vêtement rigidifié par un appareillage complexe et contraignant de faux-culs et de corsets ; l'homme quant à lui s'habille en noir et, engoncé dans sa redingote, il ne montre pas davantage son corps.
Néanmoins l'époque découvre aussi les bienfaits des bains, le besoin d'aérer son corps, mais raisonnablement, et les promenades dans le Grand parc sont recommandées, mais il faut bien entendu se protéger contre les "mauvais airs" et les rayons du soleil. Fini, aussi, l'excès de fard qui caractérisait l'Ancien Régime. Les livres de beauté critiquent d'ailleurs leur usage pour des raisons autant hygiéniques que morales : la femme fardée n'est-elle pas une femme de mauvaise vie ?

Seules, finalement, et peut-être à cause du code strict de la morale, peinture et sculpture se permettent de représenter la nudité. Mais essentiellement féminine et souvent à travers une multitude de nymphes, d'odalisques et d'allégories. Alors l'artiste déshabille son modèle comme jamais et ce ne sera qu'à la fin du siècle, sous l'influence des modèles américains, lorsque l'homme va éprouver un attrait pour la culture physique, que l'on retrouvera un goût relatif pour la nudité masculine.
 

Charles Chaplin et le Centre d''art contemporain avec sa Gentilhommière : http://verat.pagesperso-orange.fr/la_peinture/kant14.htm

Implanté dans l’ancienne station thermale de Pougues-les-Eaux, le Centre d’Art Contemporain (CAC) du Parc Saint-Léger fait partie d’un réseau national labellisé par le Ministère de la Culture, qui compte une quarantaine de centre répartis sur tout le territoire français.
Ces centres ont reçu pour mission de soutenir et promouvoir la création d’œuvres contemporaines, d’accueillir des artistes en résidence, et aussi de favoriser une diffusion auprès de publics divers.
Réhabilités en 1998 pour accueillir le Centre d’Art, les locaux, datant du 19ème siècle, sont à présent composé d’une surface d’exposition de 460m² répartie sur deux niveaux, de bureaux et de logements pour les artistes.
 

L'usine d'embouteillage devenue centre d'art - Lord Leighton

Hans Hassenteufel, Art-center

La promenade de Belle Vue et l'Etablissement thermal


En cette toute fin de XIXème siècle, il existe une multitude de courants picturaux. Et si la mode est déjà à l'impressionisme, il reste toujours d'innombrables amateurs pour cette peinture académique un peu sensuelle, dont la production ci-dessus fait assurément partie.
Le maître d'alors, William Bouguereau est, à l'instar d'un Cabanel, toujours adulé et respecté du monde entier mais plus pour bien longtemps.
Aujourd'hui appelés avec dérision "artistes pompiers", ces peintres qui ont perpétué la manière ingresque où le dessin reste fondamental avec des sujets souvent inspirés de l'Antiquité, vont en effet rapidement perdre leur aura au bénéfice de l'art moderne.


L'île du plasticien Veilhan

 Edouard Bisson, Dagnan-Bouveret, William Bouguereau, Walter Crane, Herber Draper, Zuber-Buhler, Lord Leighton, Robert Auer

Botticelli, Titien, Rubens ou Boucher ont honoré la nudité féminine, lui conférant un statut respectable et en quelque sorte officiel. Dans la seconde partie du XIXème siècle, les visiteurs du Salon de Paris ou bien encore ceux des expositions d'été de la Royal Academy de Londres, peuvent contempler sans problèmes moraux et sans culpabiliser les nus plus ou moins sensuels de Bouguereau ou de Lord Leighton.
Le Nu "académique", désormais bien ancré dans la morale bourgeoise, se trouve représenté dans toutes les manifestations artistiques de l'époque. Il est incontestablement populaire et avec l'invention de la photographie et du procédé de photogravure, les reproductions de ces nus de Salon, toujours glabres, seront vendues en énormes quantités. Des critiques comme Armand Silvestre, des revues tel le Panorama Salon, sont même spécialisés dans la description du genre.
 

 

Jean-François Langrenée

 

 

Pougues, Parc Saint-Léger, Jeune buveuse d'eau, près du Lac aux cygnes, avec son verre en cristal de Baccarat toujours finement ciselé et tenu avec la délicatesse nécessaire.
La coupe était généralement conservée et trônait ensuite en bonne place parmi les souvenirs.

Marc VERAT – Photographies du Parc Saint-Léger et ses composants – 2011-2012 Pentax 8 mégapixels
Avec, par ordre alphabétique, la collaboration des peintres académiques « Fin de siècle » :

Sir Lawrence Alma-Tadema, 1836-1912
Robert Auer, 1873-1952
Jules-Frédéric Ballavoine, 1855-1901
Edouard Bisson 1856-1939
William Bouguereau, 1825-1905
Vlaho Bukovac, 1855-1922
Philip Hermogenes Calderon,1833-1898
Alexandre Cabanel 1823-1889
Charles Chaplin, 1825-1891
Léon-François Comerre, 1850-1916
Mateo Corcos, 1859-1933

Pierre Auguste Cot, 1837-1883
Walter Crane, 1845-1915
Frank-Cadogan Cowper, 1877-1958
Jean Dagnan-Bouveret, 1852-1929
Raimundo de-Madrazo,
Herbert James Draper, 1863-1920
Franz Dvorak, 1862-1927
Luis Ricardo Falero, 1851-1896
Jean-Léon Gérôme, 1824-1904
John William Godward, 1861-1922
Edmond Grandjean, 1844-1908
George Hare, 1857-1933
Louis Welden Hawkins, 1849-1910
Arthur Hill,
Eugène Ansen Hofmann, 1862-1955
Gustave Jacquet, 1846-1909
Conrad Kiesel, 1848-1921

Jules Joseph Lefebvre, 1836-1911
Lord Frederick Leighton, 1830-1896
Madeleine Jeanne Lemaire, née Coll, 1845-1928
Charles Amable Lenoir, 1861-1926
Hugue Merle, 1823-1881
paul-francois Quinsac, 1858-1932
François Martin-Kavel, 1861-1931
Alice Kaub-Casalonga, 1875
Alfons Maria Mucha, 1860-1939

Max Nonnenbruch, 1857-1922
Léon Bazille Perrault, 1832-1908

Edvard Perseus, 1841-1890
Charles Edward Perugini, 1839-1918
Dante Gabriel Rossetti, 1828-1882
Georges Roussin, 1854-1941
Ferdinand Schauss, 1832-1916
Herbert Schmalz, 1856-1935
Leopold schmutzler, 1864-1941
Josef Sedlacek,
Guillaume Seignac, 1870-1924
Byam Shaw, 1872-1919
Nathaniel Sichel, 1843-1907
Alfred Siefert, 1850-1901
Elisabeth Sonrel, 1874-1953
Annie Swynnerton, 1844-1933
Émile Vernon 1872-1919
William Clarke Wontner 1857-1930
Fritz Zuber-Buhler, 1822-1896

A défaut de méthode innovante et révolutionnaire, les peintres de la Belle Epoque ne manquaient généralement pas d’imagination et de technique ; en un mot, ils savaient peindre car, pour eux, il s’agit surtout de cela. Leurs œuvres, de leur vivant, souvent exposées au Salon de Paris et parfois même achetées par l’Etat, commencent aujourd’hui à apparaître en bonne place, entre les impressionnistes et les modernes, sur les cimaises des musées. Evidemment, on n’est pas obligé de partager ce goût pour la peinture académique, mais il faut savoir qu'elle reste néanmoins très variée dans les sujets, la composition, voire même dans le traité. Complètement occultée pendant des années, grâce à l’Internet, on peut aujourd’hui se rendre compte de cette diversité, de cette fantaisie, de cette richesse.
 

 

 

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