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Nymphes et Vénus

 

Ambrosia la Nymphe de la pluie, Hans Zatzka (1859 - 1945)  Austria, Academic Classicism
 

Le prétexte :
La mythologie constitue une source inépuisable de sujets et, hier comme aujourd'hui, nul besoin d'être savant, il suffit d'ouvrir un dictionnaire spécialisé - le livre de la Fable pour les étudiants en Art - afin d'en connaître le sens et pour trouver ainsi des idées de composition. Les artistes académiques - ou "pompiers" pour leurs détracteurs - ont largement utilisé la méthode et le prétexte.
Les Nymphes offrent, pour qui souhaite mettre en scène le nu féminin, d'incontestables ressources.
Petit résumé :
Il s'agit avant tout de divinités secondaires d'une plastique assurément avantageuse. Plutôt légèrement vêtues et cela tombe bien ! Les Nymphes se plaisent à vivre dans les forêts, les sources, les montagnes... Elles aiment la nature, aussi la mythologie leur attribue comme vaste tâche de la surveiller. Presque tous les moyens sont bons et ces jeunes femmes aussi facétieuses que désirables n'hésitent pas alors à s'unir aux dieux et - pourquoi pas à l'occasion - aux simples mortels, afin de donner le jour à quelques héros et demi-dieu ?
- Les Naïades sont les filles d'Océan, elles veillent en particulier sur les sources, les ruisseaux et les fleuves.
- Les Néréides, les cinquante filles mi-femme mi-poisson de Nérée et de Doris, personnifient les vagues et les Océanides, filles aussi d'Océan et de Téthys, vivent surtout dans les fonds marins.
- Les Hyades, quant à elles, sont les nymphes de la pluie et la tradition en compte sept, dont Ambrosia représentée ci-dessus.
- Les Oréades hantent les montagnes et accompagnent Artémis dans ses chasses. L'une d'elles, Écho, peinte notamment par le Maître d'alors Cabanel, souffre de la vengeance tenace d'Héra.
- Les Dryades peuplent surtout les chênes et Eurydice, l'épouse d'Orphée, appartient à leur groupe.
- Les Danaïdes n'hésitent pas à tuer leurs maris, le jour même des noces. Pour expier comme on sait, elles seront condamnées à remplir d'eau des tonneaux percés.
- Daphné, la nymphe aimée d'Apollon et des peintres académiques, appartient à la race des vierges farouches et chasseresses. Son père, le dieu-fleuve Pénée, se désespère de voir sa fille éconduire tous ses représentants. Mais Daphné se réclame toujours du seul Artémis. Un jour dit-on, Apollon qui l'aperçut belle et farouche, ses longs cheveux en désordre, courant derrière une proie incertaine, fut aussitôt pris d'un amour fou...
- Pandore serait la première femme selon la Mythologie Grecque et c'est Zeus, du haut de son Olympe, qui l'aurait fait façonner par Héphaïstos, à partir de la terre et de l'eau. Tous les grands dieux y auraient mis la main : Athéna pour l'habileté manuelle et Aphrodite, pour la grâce et le désir. Mais Hermès, le facétieux, lui donnera la parole afin, peut-être, de mieux séduire et tromper les hommes.
Pandore, divine en apparence, mais humaine en réalité avec ses besoins, ses désirs et aussi sa curiosité. Comme cadeau de son mariage d'avec Épiméthée, le frère de Prométhée, les dieux offriront un coffret qui ne doit être ouvert sous aucun prétexte. Cependant la tentation devient rapidement intenable et, un soir, Pandore finit par soulever le couvercle, alors tous les maux de l'humanité s'échapperont de la boite : crime, misère, famine... Pourtant un seul restera tapi au fond, plutôt bénéfique lui : l'espérance.
- Vénus-Aphrodite, la déesse de l'amour, serait née de l'écume de la mer, près de Cythère. Le mythe évoque l'union de Zeus et Dionée. Toujours séduisante et très présente dans la peinture, elle reflète l'éternel féminin qui plait aux hommes et aux dieux. Vénus épousera pourtant un dieu très laid, Héphaïstos-Vulcain, dès lors elle ne se privera pas de le tromper avec impudence, une aventure la trouve ainsi dans le lit d'Arès-Mars. L'Amour, sous la forme d'Éros, gentil petit Cupidon ailé, sera le témoin privilégié de ses actes.

 

 

Epilogue :
Entre femmes, la grande question mais aussi la grande injustice restera toujours celle du physique et de l'âge.
Avoir une plastique avantageuse constitue forcément un plus incontestable et le peintre ou le photographe académique, dans le choix de son modèle, ne fait que confirmer cette réalité. Heureusement, l'éventail du goût demeure large et nul besoin d'être un "top-modèle" pour plaire.

Certes, les Dames habillées de la tête aux pieds du Second Empire et de la Troisième République n'étaient pas aussi virtuelles et influentes, jolies ou légères que toutes ces nymphes et divinités, ni leurs époux aussi coureurs de jupons et grivois que les satyres des peintures mais, lors de la visite de l'exposition, ils aimaient probablement à s'imaginer dans ces fables un peu libertines. Surtout les Messieurs qui pouvaient alors apprécier en toute quiétude ces représentations de la nudité, considérées comme moralement acceptable, puisque traitées en principe selon les formules en vigueur qui écartent des images toute banalité et vulgarité. Les occasions de se divertir, exceptés quelques théâtres et cabarets, mais souvent moins bien respectables, étaient alors pas si nombreuses que cela ; aussi c'est par milliers que les visiteurs, surtout parisiens, se rendaient chaque année au Salon du
Palais du Champs-de-Mars et chacun y allait de ses commentaires plus ou moins critiques, plus ou moins acerbes, plus ou moins avertis. Certains portaient leur jugement sur la pertinence de la composition, de l'histoire bien sûr mais d'autres, plus banalement, sur la seule beauté plastique du nu.

 

 

Nu académique ou nu érotique ?
Dérivé d'Eros, Dieu de l'Amour, l'érotisme peut se définir comme l'art de susciter le désir. Le nu académique, qu'il soit d'inspiration mythologique, orientaliste, ou plus communément, montrant une scène de l'intimité de la vie quotidienne, correspond bien à cette définition.
De nombreuses peintures "fin de siècle", en particulier celles figurant le corps nu de la femme, reposent sur ce principe d'éveil des sens.
Le pouvoir évocateur d'un joli corps sous un voile transparent, par exemple, reste un artifice largement utilisé. La pose, la situation du modèle et l'accessoire lui-même permettent d'identifier la Divinité, de situer l'action.

Au contraire d'aujourd'hui, entre l'homme et sa compagne, des différences physiques pour le moins marquées !
Durant tout le XIXème siècle, l'habitude est aux cheveux longs pour la femme et si elle les coupe, c'est très souvent pour les vendre - par nécessité.
La longue chevelure constitue pour la plupart des hommes un attrait. Portée libre plutôt que disciplinée, naturelle plutôt que bien mise en forme, elle se révèle comme un signe ostentatoire d'émancipation et du désir de plaire. Associée au peignoir transparent, si prisé par les peintres durant tout le siècle, la chevelure brune, blonde ou rousse, qui descend jusqu'aux bas des reins ou qui cache - pudiquement - seins et mont de Vénus, devient alors véritablement proche de la licence.
Déjà dans l'iconographie baroque, Marie-Madeleine est représentée les cheveux longs et détachés, preuve d'abandon à Dieu mais également rappel de son ancienne condition de pécheresse.
Les nymphes ou, plus prosaïquement, les modèles vont alors remplacer les Madeleines repentantes. Ces divinités présentent en effet l'énorme avantage de permettre bien plus de fantaisie : dans la pose, l'accessoire, le décor. Néanmoins la place réservée à la coiffure - abondante - n'est pas pour autant négligée ; ne trouve-t-on pas les jeunes filles peintes par Jules Lefebvre, grand Maître du genre, avec des cheveux délicatement parsemés de fleurs ?
D'ailleurs, à l'aube de la révolution des années folles, la mode n'aura pratiquement jamais été aux cheveux courts, sauf peut-être durant les périodes de pénitence interdisant les artifices de la séduction.

Outre les cheveux longs, un autre signe distinctif apprécié et appréciable : le bassin.
L'os iliaque, le bassin, chez la femme est toujours plus large que chez l'homme. Le peintre joue sur cette différence qui permet d'accentuer avantageusement les courbes, et celles des hanches tout particulièrement. De dos, le bassin, c'est-à-dire les fesses, participe à l'idéal de beauté, la mode du XIXème siècle et jusqu'en 1914 les souhaite rondes et cambrées, fermes et harmonieuses, bien mises en valeur par la taille sculptée par le corset ; la Vénus doit-être forcément callipyge. Dans la peinture d'alors, la poitrine constitue naturellement un autre pôle d'attention et d'attrait, non seulement bien entendu à cause de sa zone érogène, mais aussi pour sa plastique particulière qui offre toute une variété d'aspect, de volume, de position. Le ventre arrondi, pas encore plat, et son ombilic ont leur importance. Les épaules et les bras sont en accord avec l'ensemble et donc souples, plutôt bien en chair. Les jambes quant à elles, apparaissent assez souvent dissimulées par un drapé ou hors cadrage. Il est vrai qu’à l’époque et c’est le moins que l’on puisse dire, on avait guère l’habitude de les mettre en valeur.
Pourtant, les jambes, pour qui sait regarder, constituent bien souvent un véritable plaisir et font partie intégrante du jeu de la séduction féminine. Celles-ci ne sont d'ailleurs pas nécessairement longues, mais elles doivent plutôt posséder des articulations fines, des chevilles et genoux marqués, avec des mollets bien dessinés et des cuisses fermes, sans "culotte de cheval".
Ces conditions réunies, la Vénus devient alors vraiment universelle, idéale et hors du temps et des modes ; sans aucun doute, elle pourra alors plaire aux hommes et aux dieux.
Toutes les variantes de l'anatomie ont été imaginées dans les sujets choisis par les artistes du XIXème qui avaient si parfaitement assimilé les proportions, les structures, le caractère propre du corps féminin. Outre William Godward, le peintre de la femme ; Jean-Léon Gérôme, Jules Lefebvre sans oublier William Bouguereau ou Luis Ricardo Falero, se révèlent comme d'incontestables spécialistes de la représentation d'Académie.

Marc Vérat, Pougues le 05/12/2008
 

http://pagesperso-orange.fr/travail-de-memoire/Hommage_Bouguereau.htm

Marc-Verat@wanadoo.fr

Guillaume Seignac - Georges Rochegrosse - Jules Lefebvre - John William Godward - Emile Vernon
Jean-Léon Gérôme - William Bouguereau - Paul Merwart - Léon Comerre

Marc VERAT - Index
L'Art Académique - Synopsis


 

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