BackUpNext

 

 

 

Nus, variations d'après Ingres
Format (cm) 146 X 97

 


Vénus (Aphrodite), la déesse de l'amour, est née de l'écume de la mer, près de Cythère. Le mythe évoque l'union de Zeus et Dionée. Toujours séduisante, elle représente l'éternel féminin qui plait aux hommes et aux dieux. Vénus épouse pourtant un dieu très laid, Héphaïstos-Vulcain, mais elle ne se privera pas de le tromper avec impudence, une aventure la trouve ainsi dans le lit d'Arès-Mars. L'Amour, sous la forme d'Éros, l'accompagne souvent.

L'apprentissage :
Dès le XVIème siècle, l'anatomie fait partie intégrante de l'éducation des jeunes artistes et elle est enseignée dans les académies, prémices de nos modernes écoles d'art, à partir du dessin d'après l'antique et à partir de la dissection des cadavres. Des études préalables aux dessins analysent en détail toutes les parties du corps afin de bien comprendre comment s'articule le mouvement, afin de bien saisir aussi les nuances et les proportions.
La mythologie fournit en partie les thèmes de mise en scène du corps nu à travers : Apollon, Ariane, Persée délivrant Andromède, Diane et Actéon ou encore Mars et Vénus. La bible constitue une autre source d'inspiration avec Adam et Eve, Loth et ses filles, David et Bethsabée, Suzanne et Joachim, les scènes de martyr… Les représentations de nus restent étroitement liées à la peinture d'histoire qu'elle soit antique, biblique ou mythologique. Dans l'art religieux, le nu, banni par le Concile de Trente (1545-1563), ne tient finalement qu'une place modeste.
A l'aube du XXème siècle, une troisième source deviendra de plus en plus communément utilisée et appréciée à savoir : la représentation de scènes reflétant une certaine intimité du quotidien de la femme, comme son lever, sa toilette, son bain...

La représentation du corps a toujours occupé une place centrale dans l'enseignement et le goût artistique occidental. De l'Antiquité en passant par la Renaissance et jusqu'au début du XXème siècle, le dessin d'après modèle vivant appelé "académie", d'abord un modèle masculin pour devenir ensuite plus généralement une femme nue, constitue avec la perspective la source principale d'apprentissage et devient d'ailleurs la dernière étape du cursus de l'école des Beaux-Arts.
Cet apprentissage commence par la reproduction de gravures, puis de plâtres issus de la statuaire antique, pour finir par le modèle vivant proprement dit.
En 1850, ceux-ci sont alors payés un franc de l'heure ( environ 3 € ). Vers 1875, la pose ordinaire de quatre heures coûtera environ 5 francs pour les artistes mais trois pour les écoles d'art. La photographie, d'invention récente, commencera ensuite à concurrencer les modèles vivants. Une autre enquête datée de 1901 recense entre 800 et 850 modèles professionnels souvent d'origine italienne. Ils résident essentiellement dans les quartiers de Saint-Victor à Paris. Les femmes, de préférence avec des formes généreuses, sont alors payées 5 F (40 €uros actuels) pour une séance de 4 heures et les hommes 4 F pour la même durée. Au préalable et pour l'anecdote, l'hygiène d'alors étant relativement élémentaire, le modèle se trouve quelques fois invité à prendre un bain...

A l'Ecole des Beaux-Arts, dans les académies privées, l'étude du corps humain se fait couramment par la copie que l'artiste débutant, à défaut de moulages et d'amphithéâtre de dissection, trouve dans des recueils de dessins et gravures spécialement prévus à cet effet et qui font office de manuels de morphologie. La référence aux canons antiques demeure néanmoins la règle de l'enseignement académique et l'apprentissage du dessin d'après modèle vivant - d'abord un nu exclusivement masculin aux Beaux-Arts jusqu'à la réforme de 1863 - et l'étude de l'antique constituent d'ailleurs des disciplines majeures durant tout le XIXème siècle.
Cet art du nu, à partir de l’instant où il devient le thème central du tableau, peut parfaitement se définir comme un genre particulier et bien des oeuvres occidentales, de la sculpture, mais aussi de la peinture, comportent dans leur composition des nus.
Les nus néo-classiques vont prendre un caractère moral dans des mises en scène théâtrales plus ou moins dramatiques, avec drapés et effets d'éclairage recherchés ; des corps à l'anatomie idéale exaltent courage, patriotisme ou encore des sentiments héroïques. Les attitudes des personnages sont arrangées de manière à ne rien montrer qui puisse offenser la pudeur, beaucoup de peintres utiliseront d'ailleurs les ressources du drapé pour habiller et rendre plus présentables les parties sensibles de leurs figures.
Dans la seconde moitié du XIXème, afin de satisfaire les amateurs bourgeois plus friands de belles anatomies que de grand style, le nu deviendra essentiellement féminin et moins académiquement traditionnel pour gagner en frivolité. Toilette, bain, habillage et soin des cheveux, donnent ainsi accès à une intimité dévoilée où se confondent étroitement pudeur, morale, esthétique ; où le spectateur masculin de l'époque découvre finalement une espèce d'interdit. Les artistes, avec le temps, seront nombreux à abandonner le support jugé fastidieux de l'Histoire pour se rapprocher, entre autre, de scènes exotiques orientales permettant des compositions plus libres, par ailleurs assez souvent proche d'une forme d'érotisme autour d'incontournables accessoires comme le drapé-voile transparent, la chevelure, le narguilé ou le miroir.
Dès la fin du XIXème siècle, véritablement celui de l'âge d'or du nu féminin tant par le nombre que par la diversité des représentations, le modèle vivant cessera progressivement d'être représenté pour lui-même ou dans son rôle et deviendra alors un prétexte d'étude où l'esthétique pure prendra peu à peu l'avantage sur le sens intrinsèque du tableau. Ici alors commencera l'art moderne et se terminera probablement l'art académique.

Les nus féminins séduisent d'abord un public masculin tout naturellement sensible au contenu suggestif et érotique des images. Ces représentations sont moralement tolérées par la société pudibonde de la fin du XIXème siècle grace à l'alibi historique, exotique chez les orientalistes avec leurs Odalisques, ou mythologique lorsque la femme devient Vénus. Les poils pubiens - jugés inconvenants - des modèles sont toujours soigneusement effacés, comme d'ailleurs sur la plupart des toutes premières photographies érotiques de l'époque.
En prenant pour thème central la nudité féminine, l'Art Baroque mais surtout l'Art Pompier ou Académique fédéra finalement : technique, beauté et plaisir des yeux et des sens.

Marc Vérat, Pougues le 12/02/2007


Cliquez sur l'image pour en savoir davantage


 BackUpNext