POUGUES LES EAUX - PARC SAINT-LEGER - FIN DE SIECLE

 

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Compagnie des Eaux Minérales de Pougues et de Carabana
Administration, 15 & 17 rue Auber à Paris
Pougues, sources Saint-Léger et Alice, eaux de régime, des faibles et des convalescents.
L'eau de la source Alice est la seule indiquée dans le traitement de la tuberculose par la récalcification.

Eau minérale naturelle Carabana, purgative, dépurative, antiseptique. Effet certain, rapide et doux - Un verre à bordeaux.
Station des Dyspeptiques et des Neurasthéniques - Cures d'air et de repos - Établissement Thermal ouvert du 1er juin au 30 septembre

Le parterre est toujours bien entretenu, un mince filet d'eau de Pougues jaillit du centre avec, derrière, quelques promeneurs-curistes qui ne manquent pas de prendre la pose pour le photographe.

Le Parc n'avait pas l'aspect sauvage d'aujourd'hui, plantations et alignements apparaissaient encore disciplinés.
Derrière le Pavillon des Sources Saint-Léon et Saint Léger construit en 1907, avec son sous-bassement de carrelage à la mode, le Splendid Hôtel, une initiative privée de 1884.
Partiellement incendié durant la seconde guerre et, hélas, rasé en 1977, il dresse son majestueux toit à la française, fin de siècle.

L'élégant petit Casino à l'italienne avec son long perron et son toit bordés de balustres, ses portes fenêtres à chapiteau.
 Un souhait : qu'il ne subisse pas le triste sort du Splendid Hôtel.

Les Bords du Lac ou, plus modestement, de l'étang avec son pont romantique, son ponton de quelques barques afin d'en faire le tour en galante compagnie.
Peuplé de canards et de cygnes avec ses îles-maisonnettes refuges, son eau ne revêtait pas encore l'aspect curieux d'aujourd'hui d'une soupe veloutée, verte et épaisse.

L'annexe et la promenade du Casino et du Parc thermal, la bien nommée Avenue de Bellevue.

    

"Allée des Soupirs", quel joli nom chargé de sens ! Elle était à cette époque là bordée de hauts peupliers. Mais un jour, il a bien fallu se résoudre à changer les arbres vieillissants devenus trop hauts et dangereux.
Ils ont été remplacés par de jeunes essences, au nom ignoré, qui ne mettent pas à l’abri du vent et ne protègent pas encore de l’ardeur des rayons du soleil d’été. Cependant, il nous reste encore les tilleuls, adultes, élancés, torturés et tout aussi alignés, de la montée qui mène à Bellevue.
Ici, le spectacle vaut le détour et s’ouvre sur le long ruban rectiligne, bordé de prairies et de champs cultivés aux couleurs variées et changeantes, qui relie la ville capitale à celle qui fait rêver : Antibes.

Artistiquement dessiné, planté de grands arbres aux essences les plus diverses, parsemé de massifs colorés et traversé de belles allées, le parc de Pougues les Eaux, avec une superficie de presque dix hectares, a été aussi un lieu de prédilection pour de nombreuses Elégantes.
Les baigneurs étaient particulièrement choyés par la Compagnie des Eaux. Une voiture, tirée par des chèvres, promenait ceux qui le désiraient à travers le parc en partant du promenoir. Des jeux de plein air, tennis, crocket, étaient à la disposition des curistes. Un tir au pigeon fut inauguré le 23 août 1896.
Il a fallu attendre le 4 mai 1973 pour que ce parc devienne un site inscrit.

La station thermale de Pougues au début des années 60.

"Ce n'est qu'à partir de 1568 que Pougues prend son essor, grâce à ses "eaux miraculeuses", essor qui durera plus de quatre siècles.

Jean Pidoux, grand-père maternel du fabuliste La Fontaine, avait entendu parler des vertus curatives des eaux de Pougues. De tous les environs on venait à Pougues puiser l'eau qui guérissait, disait-on, de nombreuses maladies.
Jean Pidoux publie en 1584 son livre "Des fontaines de Pougues en Nivernais, de leur vertu, faculté et manière d'en user". Il indique deux fontaines près l'une de l'autre, l'une appelée Saint-Léger, l'autre Saint-Marcel. Devenu médecin du Roi de France, Jean Pidoux conseilla à Henri III, qui souffrait de coliques néphrétiques et qui se croyait "envoussé", de venir prendre les "eaux" de Pougues. Henri III se trouva si bien après sa cure qu'il revint en compagnie de sa mère, Catherine de Médicis, qui souffrait aussi de douleurs néphrétiques.

Catherine de Médicis fit graver sur la margelle du puits de la source Saint-Léger l'inscription en latin : "Les Rois, la Renommée ont célébré ces eaux - Buvez et vous aurez remèdes à tous vos maux"
Les rois de France et l'aristocratie continuèrent à venir prendre les eaux à Pougues : HENRI IV, MARIE DE MÉDICIS, LOUIS XIII, GASTON D'ORLÉANS, LOUIS XIV en compagnie de Mademoiselle de FONTANGES, les filles de LOUIS XV.
Marie de Gonzague (1622-1667), fille du Duc de Nevers, qui devint Reine de Pologne, fit à Pougues de fréquents séjours.
A la fin du XVIIIème, le Prince de Conti vint régulièrement à Pougues. Il fit planter des tilleuls de Hollande dans l'avenue qui porte aujourd'hui son nom, et dans le Parc Chevalier. Lors d'un séjour qu'il fit en Nivernais, Jean-Jacques ROUSSEAU rendit visite à Pougues au Prince de Conti, son bienfaiteur.

"J’ai prévu les constructions suivantes :
Un petit bâtiment de type industriel, où se feraient l’arrivée principale de l’eau, la mise en bouteilles, les diverses opérations commerciales et administratives.
Non loin de là, un pavillon de dégustation, entouré d’un jardin ou plutôt d'un parc avec promenades...
Un hôtel de cent vingt chambres, d’un joli style moderne avec restaurant et bar, donnant sur ce parc.
De l’autre côté et relié à l’hôtel par une galerie vitrée, l’établissement de bains et douches. Voilà ce que j’appellerai les constructions de première zone. Celles qui sont rigoureusement indispensables.
Le coût de ces constructions ? Un devis, évidemment très approximatif, le fait ressortir à sept cent milles francs. (...) Je crois que la source a une valeur. Mais il n’est pas raisonnable d’en attendre des miracles. Il dépend de nous que de toute façon l’affaire ne soit pas mauvaise. Comment cela ? En faisant de la source une raison d’être honorable, le point d’attraction autour duquel nous développerons un pays de villégiature. Le site et les environs sont plaisants, une petite ville d’agrément peut y pousser là aussi bien qu’ailleurs. Il suffit qu’elle trouve un peu plus de motifs de prendre racine. Ce léger supplément de motifs c’est notre source qui est appelée à le fournir.
Comme je crois à l’avenir de cette affaire, je veux ne rien devoir qu’à son succès. Je ne vous demande donc ni de me racheter mes options, ni de me payer des commissions, ni même de me rembourser mes frais. Tout ce que j’ai en mains, je le verse à la constitution de la Société. L’apport n’est pas négligeable, je le sais. J’espère que vous m’offrirez un siège au Conseil, parce que je crois que je l’ai mérité, et que je puis y rendre des services. Voilà, messieurs. A vous de décider"
.

Ainsi s’exprime Haverkamp, l’un des héros des Hommes de bonne volonté de Jules Romains, dans un discours prononcé devant des actionnaires potentiels de la société qu’il envisage de fonder pour gérer la future station thermale de la Celle-les-Eaux, en région parisienne.

Lucien Jonas 1880-1947 - Panneau décoratif, Casino de Pougues-les-Eaux

"Jonas travaille actuellement à une importante décoration du Casino de Pougues-les-Eaux. Nous avons vu ces toiles destinées à être marouflées, traitées d'une manière légère et fraîche avec des couleurs chatoyantes, des bleus délicats, une riche gamme de roses et de verts, rehaussées de couleurs pures, créant des coloris vivants, robustes et délicats tout à la fois. Ces allégories, la Musique, la Danse, la Déesse des Eaux transportée dans les Nues, tant de fois traitées par de nombreux peintres, gardent chacune leur originalité propre en ne tombant pas dans le poncif.
Ces décorations pleines du charme le plus délicat seront un délice pour les yeux des baigneurs qui, cette année, auront la bonne fortune d'aller à Pougues-les-Eaux." cf/ Robert Cousanges

1907 - Donneuse d'eau près des fontaines des sources Saint-Léon et Saint-Léger

La Nymphe a trouvé un joli chaton dans la montée qui mène vers Belle-Vue, encore craintif et sauvage le petit félin s'est agrippé à la bretelle de satin rose découvrant ainsi une partie des charmes dont sont d'ordinaire si bien pourvues ces divinités de la nature.

Pougues, Parc Saint-Léger, fin de siècle - The pink rose et Rêve d'Orient - Émile Vernon  et Josef Sedlacek

Un livre avec reproductions en couleur sur le sujet est disponible :
FIN DE SIECLE - TURN OF CENTURY, 50 euros, contact :
Marc-Verat@wanadoo.fr

William Wontner, Élégante devant l'île du plasticien Veilhan qui rappelle le principe des abris aux cygnes "Fin de siècle".



Pour la petite histoire : Arlette Dorgère est-elle venue à Pougues-les-Eaux ?

       

La nymphe a laissé place à l’actrice qui pose, assise et souriante, sur un fond sombre et dépouillé. Les longs cheveux, enroulés sur le dessus de la tête, sont maintenus par un discret chapeau assorti à la tenue. La robe apparait élégante et précieuse avec de fins motifs floraux brodés. Le décolleté droit ou encore en V, souligne la pâleur du teint et met la poitrine en valeur.
De la courbe avantageuse des hanches, marquée par la très fine taille, émerge un buste sculpté en forme de cœur, ici appuyé par un trèfle noir – tout un symbole…

La Belle Epoque se singularisa sans doute aussi par "ses petites femmes", parfois dénommées de façon péjorative "cocottes". Les plus célèbres évoluaient généralement dans les domaines artistiques, du plus respectable théâtre au plus léger et populaire des beuglants où lever la jambe relevait du grand art. La plus connue reste sans conteste Sarah Bernhart qui en 1900 et à 56 ans, avec "l'Aiglon", atteint des sommets. La pièce battit même des records de recettes à l'époque. 

La belle Arlette Dorgère alors artiste de variétés reconnue et amie de Robert d'Orléans, duc de Chartres, à la taille si ostensiblement prise dans son corset, est-elle venue se produire au Casino de Pougues ? Est-elle venue simplement y prendre les eaux au Pavillon des sources avant de se rendre en villégiature hivernale à Nice ? Ou bien a-t-elle organisé dans cette municipalité une exposition de ses dessous pour que personne n'ignorât la fantaisie de ses chemises de nuit ainsi que la coupe et couleur de ses pantalons, jarretières et culottes ? (cf/ Serge Pacaud, Ed CPE)
On peut se perdre en conjecture, mais en tout cas nulle trace d'un éventuel passage dans les archives locales.

Le peintre-affichiste Jules Chéret fut plusieurs fois inspiré par la comédienne-chanteuse, il en fait d'ailleurs en 1904 un portrait aux pastels, resté célèbre, et bien dans l’esprit de son temps "Belle Epoque".
Le château de Vigneux sur Seine, avenue Pierre Marin, face à l’ancienne mairie de la ville, sera acheté par Mademoiselle Mathilde Jouve, dite Arlette Dorgère et prendra alors le nom de château Dorgère.
C’est un de ces châteaux de style Louis XIII rénové qui fit florès dans la deuxième moitié du XIXème siècle en Iles de France. Il se situe sur une grande propriété boisée avec un étang, qui va jusqu’à la voie de chemin de fer reliant les gares de Draveil-Vigneux à Juvisy. Sur l’Avenue Pierre Marin, s’ouvrait un grand portail de fer peint de gris portant en ferronnerie les initiales A. D. de la propriétaire.
Arlette Dorgères était alors danseuse et meneuse de revues au théâtre-music-hall de la Scala, 13 Bd de Strasbourg à Paris. Elle ne faisait pas de longs séjours à Vigneux, sans doute absorbée par son métier exigeant et par une vie inévitablement mondaine dans ce milieu du spectacle. Elle employait sur son domaine un couple de jardiniers pour entretenir les jardins et une employée qui s’occupait de l’intérieur du château. Elle habitait Paris et ne venait que de temps en temps à Vigneux.
Au contraire de certaines de ses consoeurs qui n’échappaient pas à une vie plutôt mouvementée, Arlette eut une vieillesse rangée et paisible. En 1929 elle vendit son château et partit se retirer au Maroc.

suite : http://travail-de-memoire.pagesperso-orange.fr/Pougues_Penot.htm


 

 

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